Écriture

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Nous avons demandé à l’auteure Evelyne de la Chenelière de nous parler de son rapport à l’écriture. Voici sa réponse:

Chaque expérience d’écriture est pour moi unique, nouvelle, incertaine. Chaque fois j’ai le sentiment de découvrir à la fois la puissance et la limite des mots. J’ai des cahiers remplis de notes, de réflexions, de bouts de dialogues. L’ordinateur vient plus tard.

J’ai besoin de beaucoup de silence, ou de beaucoup de bruit. Je veux dire que j’aime écrire quand je suis seule à la maison, ou alors dans un lieu public où j’entends des gens sans pouvoir comprendre leurs propos exacts. Ces bruits anonymes me permettent de plonger dans l’acte d’écriture, et me donnent une grande concentration.

Quand j’écris pour le théâtre, j’aime partir d’une recherche formelle, de la projection d’une expérience vivante, concrète. Ce départ m’excite artistiquement, et me rappelle que j’entreprends la construction d’un objet.

Les sources d’inspirations sont multiples et mystérieuses… Souvent, je marche dans la ville et j’ai le sentiment d’assister à de courtes scènes, que je tente d’approfondir dans la solitude. Je tente de comprendre le fonctionnement des relations intimes et sociales. Je lis ou relis des ouvrages philosophiques. J’observe mes enfants grandir, réfléchir, rêver, se projeter dans l’avenir. J’essaie de nommer, avec le plus de précision possible, des sensations, des intuitions. J’essaie de me rappeler avec justesse ce qui déclenche en moi la mesquinerie, l’envie, la lâcheté, l’orgueil, et aussi l’amour, la tolérance, la générosité, le courage.

Autant l’actualité m’aide à réfléchir à ce que nous sommes, autant je cesse parfois complètement de me renseigner: je cesse de lire les journaux, je n’allume pas la radio, je ne veux plus savoir.

Je manque sans doute de méthode: je n’ai pas de plan, pas de scène à scène, je découvre la courbe et la fin en cours d’écriture. J’écris par retrait: c’est-à-dire que j’écris beaucoup trop, puis je retire le superflu.

Daniel Brière, mon complice et mon conjoint, lit mon travail en cours d’écriture. Nos échanges influencent grandement mon écriture.

Lors d’une création, j’aime travailler étroitement avec le metteur en scène, avec les acteurs, parce que mon travail d’écriture n’est pas encore terminé lors de la première répétition.

Je n’ai aucun rituel parce que j’ai d’abord appris à écrire comme une parenthèse dans ma vie. Peu à peu, cette parenthèse a pris toute la place. Chaque jour, je me réjouis d’avoir ce luxe de temps à consacrer à la réflexion et à l’écriture. Même dans les doutes et les tourments, je me rappelle que c’est un immense privilège.

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